Le ramoneur

vendredi 28 avril 2017
par  Francis RENOUT
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Il existait autrefois dans les campagnes des métiers qui ont disparu aujourd’hui ou qui se sont transformés. Ils correspondaient évidemment aux besoins de l’époque.

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Nous nous transportons au milieu du XVIIIème dans le Pays de Caux, mais on retrouve ce métier dans plusieurs contrées de France.

Le travail de ramoneur était une besogne de gagne-misère plus qu’un métier, itinérante et saisonnière, effectuée par de jeunes enfants âgés de 8 à 15 ans surnommés les « ramonas » ou les « hirondelles d’hiver ». On les désignait aussi sous le nom de « petits savoyards » bien qu’ils ne fussent pas tous originaires de Savoie. La plupart venait du Piémont mais aussi d’Auvergne comme le confirme les mentions sur les actes d’inhumations ci-joint retrouvés sur les registres de l’hôpital du couvent de la charité de Grainville la Teinturière entre 1751 et 1791.

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On y trouve par exemple, en 1751, les décès de deux jeunes enfants, âgés de 14 et 17 ans, sans mention de la cause par le prêtre nommé Sangrain. Ils venaient de Condat en Signie et de Chavagnac, deux paroisses situées en Auvergne.

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Durant la belle saison, ces jeunes enfants étaient occupés aux pâturages à garder les troupeaux d’animaux. Aux premières neiges de l’automne, le bétail redescendu aux étables, ceux-ci ne trouvaient plus que quelques petites besognes. C’est alors que passait le maître ramoneur dans les villages, pour enrôler de jeunes ramonas. Aux mères, il promettait en échange du travail des enfants, une poignée d’argent et autant de bouches de moins à nourrir et, aux mioches, le pain et la pitance. Souvent, ces arguments suffisaient à convaincre les parents indécis. Et c’est ainsi qu’ils partaient pour d’autres contrées.

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Les conditions de travail de ces enfants étaient si pénibles que les maîtres ramoneurs étaient comparés à des croques-mitaines ou des trafiquants de négrillons. C’était souvent d’affreux personnages qui tuaient ces mioches au travail pour augmenter ses bénéfices. Pendant leurs quelques moments de loisirs, si on peut appeler ça comme cela, le maître les obligeait à mendier sur les places publiques. A la nuit tombante, lorsque ceux-ci rentraient du travail, ils vidaient leurs poches pour remettre l’argent de la journée. Si la récolte d’argent n’avait pas été suffisante, le maître saisissait un bâton pour les frapper.

Ces gamins misérables, amaigris par les mauvais traitements et les privations de toutes sortes allaient par deux pour effectuer leurs taches journalières. Ils étaient mal fagotés, vêtus de guenilles encroûtées par la suie, un grand bonnet sur la tête le protégeait de la suie.

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Ils dormaient à la campagne dans une écurie, en ville, dans des chambres sales et humides "payant leur écot d’un ramonage matinal." Souvent ils marchaient la nuit pour échapper à la police, à l’affût de toute sorte de mendicité. Le sac destiné à recueillir la suie leur servait de couverture. Il n’était pas rare d’en retrouver mort de froid au matin dans les granges qui leurs servaient aussi d’abris pour la nuit.

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Le maître ramoneur employait à cette époque de jeunes garçons suffisamment minces pour se glisser à l’intérieur des cheminées afin de les nettoyer de l’intérieur. Autrefois, les conduits de fumée n’existaient pas : le foyer était ouvert et disposé au pied d’un mur et la fumée suivait celui-ci pour s’échapper par un orifice ouvert dans le toit de l’habitation. Pour prévenir les risques d’incendie, ce mur était régulièrement nettoyé de la suie au moyen de « ramon » qui était faits de branches, d’où le terme « ramoner ».

La durée de travail des jeunes ramoneurs de cheminée étaient souvent d’au moins 14 heures. Ils devaient gratter la suie à l’intérieur des conduits de cheminée ce qui était extrêmement toxique et ils mourraient ainsi souvent très jeune. Pour cela, ils utilisaient la brosse et la raclette. Face à ce constat, l’utilisation de brosses à manche télescopique ou du hérisson se développa et devinrent les outils principaux des ramoneurs, en lui évitant de rentrer dans les conduits de cheminée.

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La campagne des ramonages de cheminée dans les grandes villes se prolongeait jusqu’au mois de mai. A partir de mai, les ramoneurs revenaient chez eux avec leurs maigres économies pour aider leurs parents à affronter les travaux des champs. C’était pour eux un court répit dans cette société où il s’agissait de survivre plutôt que de vivre.

Malheureusement, il arrivait que les petits ramoneurs meurent de froid ou la tête fracassée lors d’une chute. Fréquemment, ils contractaient des maladies respiratoires et devenaient allergiques ou aveugles à cause de la suie. Les garçons étaient souvent atteints de déformations articulaires, de brûlures et d’une forme de cancer du scrotum causée par les benzopyrènes contenus dans la suie. Il n’était pas rare que des ramoneurs meurent étouffés par la suie.

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L’opinion publique choquée de telles pratiques imposa la recherche de moyens de substitutions. On inventa donc des brosses à manche télescopique et d’autres outils qui permirent au ramoneur de ne plus avoir à entrer dans la cheminée.

Ce n’est qu’aux environs du XVIII ème siècle que les cheminées sont devenues suffisamment grandes pour qu’un homme puisse y passer, donnant naissance à l’image typique du ramoneur qui se développa lors de la révolution industrielle

Les lois françaises de 1874 et de 1892, relatives à l’emploi des enfants, découragèrent les maîtres ramoneurs à employer tous ces pauvres enfants en bas âge et les obligèrent à changer leurs méthodes de travail.

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Heureusement en 1914, l’état français vota une loi interdisant l’usage d’enfants comme apprentis mettant peu à peu fin au recrutement des enfants ramoneurs.

Vers le milieu du XXe siècle l’invention d’un aspirateur à suie qui pouvait être fixé au-dessus de la cheminée rendit ce processus plus propre qu’il ne l’avait jamais été..

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Historique de l’hôpital du couvent de la charité de Grainville la Teinturière :

Au moyen-âge, avant la fin du XIIIe siècle, il y avait une léproserie Saint-Jacques près du « bois malade ». Cette maladrerie devint inutile et Louis XIV en donna les biens (1695) à l’hôpital de Grainville fondé 3 ans auparavant par Pierre de Bec de Lièvre, marquis de Cany. Il en fit élever les bâtiments en 1700, avec une entrée principale rue du Calvaire, où l’on peut voir l’écusson des Bec-de-Lièvre, et la date de fin de construction « 1706 ». RAFLB Date Dans les premiers bâtiments en forme de _H, à gauche, on trouve l’escalier d’honneur dans un hall avec les portraits des fondateurs et bienfaiteurs. A droite se trouve la chapelle ayant pour patronne la Sainte Vierge.

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F,Renout
Sources diverses


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